Au nom du saint et vénéré Rabbi Haïm Cohen zt’l

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Chabbath Parachat Pin’has

9, 10 juillet juin 2004 – 20, 21 Tamouz 5764

Jérusalem : Paris

Allumage des bougies : 19 h 14 - Allumage des bougies : 21 h 38

Sortie de Chabbath : 20 h 30 - Sortie de Chabbath : 23 h 02

Très chers amis,

J’ai le plaisir de vous adresser le dvar Thora de cette semaine.

Cette semaine, nous poursuivons notre cycle de réflexion sur les Pirké Avoth, « Maximes des pères ».

Avec notre plus cordial Chabbath Chalom,

Rav Chalom Bettan


Chabbath Parachat Pin’has

9, 10 juillet juin 2004 – 20, 21 Tamouz 5764

L’hommage que rend la vérité à la paix

Par Rav Eliahou Elkaïm

Nous allons découvrir, grâce à la maxime de Hillel, que la vérité doit parfois s’effacer pour que puisse résider la paix. Une notion à manier avec subtilité et prudence

« Hillel et Chamaï reçurent d’eux la tradition. Hillel disait : ‘Soyez les disciples d’Aaron, qui aimait la paix et la recherchait sans cesse, qui aimait les hommes et les amenait à l’étude de la Loi.’ »

(Chapitre 1, Michna 12)

Après avoir étudié la personnalité de Hillel, nous allons cette semaine nous pencher sur le contenu même de sa maxime.

De prime abord, nous constatons qu’Hillel emploie une terminologie particulière. Plutôt que de conseiller d’aimer et de chercher la paix, il nous demande pour cela d’être les disciples d’Aaron, frère de Moïse.

Nous en retrouverons cette formule qu’une seule fois dans les Maximes, dans la Michna qui décrit la différence entre les disciples d’Abraham et ceux de Bileam

(Avoth 5 ; 19).

Pourquoi employer cette formule, alors que devenir un disciple d’Abraham ou d’Aaron semble si difficile, quand on connaît le niveau moral extraordinaire atteint par le premier patriarche et le premier Grand Prêtre (Cohen Gadol) ? Peut-on seulement espérer calquer nos actions sur les leurs, au point d’imaginer être leurs élèves ?

Enfin, pourquoi Abraham et Aaron sont-ils les seuls dans la littérature biblique auxquels l’on nous demande de ressembler ?

Les âmes des justes

L’auteur du ‘Tiféreth Chlomo’, l’Admour

de Radomsk, trouve dans cette formulation un sens particulier, qui fait allusion à l’application d’un principe kabbalistique, appelé ‘Sod haybour

’ :

Lorsqu’un homme accomplit une mitsva, dans des intentions parfaitement pures, il est possible qu’un faisceau de l’âme d’un juste (tsadik), particulièrement attaché à cette même

mitsva, se lie à son âme.

Et cela est d’autant plus vrai pour les mitsvoth

liées à la bienfaisance et à la relation avec autrui (ben adam le’havéro).

C’est ainsi que l’on peut comprendre que celui qui aime la paix et la recherche deviendra un élève (talmid) d’Aaron ou d’Abraham, titre de noblesse, qui lui apportera une aide divine supplémentaire.

L’Admour de Radomsk conclue, en interprétant dans le même sens les mots de nos maîtres : « A Celui qui commence une mitsva, il est dit : ‘Achève ton action’ ».

Qui est celui qui dit ? Ce sont les âmes des justes (tsadikim), auquel il s’est associé par son acte, et qui l’encourage à poursuivre son action exemplaire.

Penchons-nous à présent sur le contenu même de notre maxime. « Soyez les disciples d’Aaron, qui aimait la paix et la recherchait sans cesse. »

Les commentateurs de la Michna citent tous le texte dans « Avoth » de Rabbi Nathan (chapitre 12), qui illustre la façon dont Aaron poursuivait et recherchait la paix :

« Dès qu’Aaron entendait que deux personnes étaient en discorde, il allait trouver

l’une d’elles et lui décrivait à quel point l’autre regrettait cette dispute, et qu’il ne souhaitait qu’une seule chose : venir s’excuser pour se réconcilier, mais qu’il ne surmontait pas la honte qui le paralysait et l’empêchait d’agir.

Ainsi, il parlait, expliquait, argumentait, sans compter son temps ou sa fatigue, jusqu’au moment où il était sûr d’avoir extirpé la haine dans le cœur de son interlocuteur.

Après avoir accomplit sa mission, il se rendait chez le deuxième antagoniste, pour lui tenir le même discours.

Et inlassablement, il agissait ainsi jusqu’à ce que les deux personnes se réconcilient sincèrement. » Ce travail et ces efforts incessants sont l’illustration du verset des Psaumes (34 ; 15) : « Recherche la paix et la poursuis ».

Mais pour rechercher la paix, il faut commencer par l’aimer. Cette vertu (ohev chalom) animait Aaron et lui permettait une conduite faite de patience et de douceur envers tous, l’empêchant de se sentir blessé ou jaloux.

Un amour profond

Car être en paix et en harmonie avec ceux qui nous entourent, implique également d’être en paix avec son Créateur, entraînant l’accomplissement des devoirs envers Lui.

Il s’agit bien évidemment d’une paix désintéressée et pure, qui ne supporte ni l’indifférence ni la recherche d’avantages matériels. C’est de cette démarche uniquement dont parle Hillel.

Car parfois, devenir conciliateur peut avoir comme objectif la volonté de se faire apprécier et de jouir de la reconnaissance des hommes. Mais là n’est pas le but véritable, qui doit trouver son origine dans l’amour profond pour la paix en tant que valeur absolue.

Cet amour de la paix était si profond chez Aaron, qu’il pouvait l’amener à des situations ambiguës, comme notamment celle de déformer la réalité.

Rabbénou Ytshak, dans son commentaire (ibid.) précise : Aaron était en droit de dire à chacun des antagonistes que le second regrettait son attitude dans la dispute, même s’il n’avait rien entendu réellement, ou plus encore, si cela était loin de la réalité.

Il cite à ce sujet le Talmud (Yébamoth 65b) : « Rabbi Eléazar ben Chimon dit : ‘Il est permis de déformer la vérité, si le but est de répandre la paix. Pour preuve, les frères de Joseph lui envoyèrent le message suivant (Genèse 50 ; 17) :

« Ton père a commandé avant sa mort en ces termes : ‘Parlez ainsi à Joseph : Oh, pardonne de grâce l’offense de tes frères et leur faute, et le mal qu’ils t’ont fait’ » alors que Jacob ne leur avait rien dit, mais que cela pouvait renforcer la paix avec Joseph. »

D.ieu Lui-même

Et le Talmud de poursuivre :

« Rabbi Ychmaël dit : ‘La paix est une valeur à ce point sublime que D.ieu Lui-même a transformé la vérité pour ne pas entamer l’harmonie qui régnait entre Abraham et Sarah.

En effet, lorsque les anges ont annoncé à cette dernière, alors âgée de plus de quatre-vingt-dix ans qu’elle allait mettre au monde un fils, elle rit en elle-même et pensa : ‘Flétrie par l’âge, ce bonheur me serait réservé ? Et mon époux est un vieillard !’ (Genèse 18 ; 12).

D.ieu fit la remarque à Abraham sur cette réaction de Sarah, car il fallait que le patriarche renforce la foi de sa femme pour que cette naissance puisse avoir lieu.

Mais D.ieu s’abstint de tout révéler à Abraham, se contentant de lui dévoiler que Sarah s’était dit : ‘Eh quoi ! En vérité, j’enfanterais, âgée que je suis ?’ » Il s’abstint donc de mentionner la deuxième partie de ses pensées concernant l’âge avancé d’Abraham, car cela aurait pu blessé ce dernier.

On le voit, D.ieu Lui-même a caché une partie de la vérité pour protéger l’harmonie du couple. Il n’en reste pas moins qu’il existe l’ordre divin :

« Fuis la parole mensongère ». Comment comprendre donc cette apparente contradiction ?

C’est que cette dérogation est valable uniquement dans le but de préserver la paix, et pour aucun autre mobile, ni pécuniaire, ni professionnel, ni même pour gagner une somme que l’on destine à donner à la tsedaka. Aucune raison, hormis la pérennité de la paix ne peut justifier un travestissement de la vérité.

On le voit, la paix est considérée comme une valeur si sublime qu’elle transcende celle de la vérité. Car le concept absolu de vérité n’existe que pour D.ieu et pour les hommes, il est lié à l’accomplissement de Sa volonté sur terre. Dans l’échelle des valeurs divines, la paix dépasse la vérité des faits telle qu’elle est perçue par l’homme.

Puissions-nous garder toujours l’équilibre entre ces deux notions fondamentales.

Chabbath Chalom